Mon intérêt pour la fabrication de carnets reliés a commencé dès ma sortie de l’École Estienne en 2004, lorsque j’ai commencé à travailler à la papeterie de luxe parisienne Calligrane. C’est là-bas également, que j’ai découvert l’extraordinaire variété des papiers, avec des trésors venus du monde entier, et qu’a commencé ma passion pour ce matériau. Fraîchement diplômée et avide de création, j’ai commencé à exploiter les techniques de reliure que j’avais apprises, afin de créer de nouvelles structures, de nouvelles façons de relier.

À ce moment-là, je répondais à des commandes d’ouvrages et de boîtes sur mesure. Animée par l’envie de développer un travail plus personnel, la papeterie est apparue comme un domaine où je pouvais créer en toute liberté. J’ai alors commencé à diffuser mes créations – de petites collections inventives – et à me faire connaître dans ce domaine. Ainsi, en 2014, la marque de luxe Louis Vuitton a fait appel à mes services pour réaliser une collection exclusive de carnets.

Faire connaître mon métier, à ceux qui comme moi avant mon arrivée à l’École Estienne, ne connaissaient pas la reliure sous sa forme moderne et créative a dès lors été mon fer de lance. Le carnet, objet universel, m’a paru un bon moyen d’y parvenir.


En 2015, j’ai obtenu une bourse de la Fondation d’Entreprise Banque Populaire, grâce à laquelle j’ai pu créer cinq collections de carnets, alliant techniques de reliures innovantes et travail du papier, et rassemblant quelques-unes des techniques de reliure et des recherches graphiques développées jusque-là : la reliure « épure » où couverture et rubans sont réalisés dans un seul morceau de papier, les carnets « messagers » constitués d’enveloppes reliées, la gravure de papier où la soustraction de la première épaisseur de la feuille crée le motif, l’origami déplié…


Ces réalisations ont été primées par Ateliers d’Arts de France, qui m’a décerné le Prix de la Jeune Création des Métiers d’Art. Véritable tremplin, ce concours a fait connaître mon travail dans des milieux très variés, allant du grand public intéressé par les métiers d’art, aux collectionneurs de reliure. J’ai à ce titre eu l’honneur de pouvoir bénéficier de larges diffusions, comme deux émissions sur mon travail (France 2 et TV5 Monde) ainsi qu’une interview en direct sur BFM TV, ce qui a contribué à accroître significativement la visibilité de mon travail. J’ai pu exposer mon travail dans des lieux prestigieux et faire découvrir mon métier sous un nouveau jour, comme je le souhaitais depuis des années.

Si aujourd’hui je privilégie la création de reliures uniques, ce travail en petites séries, qui élève un objet du quotidien au rang d’objet précieux, a été très novateur à l’époque et décisif dans mon parcours.